Santé

Mars 2026

Un contraceptif dangereux

Les réseaux sociaux s’enflamment, la pilule est-elle réellement cancérigène ? 

La pilule : comment ça marche ?

Lors du cycle menstruel féminin, les ovaires produisent des hormones différentes : les œstrogènes et la progestérone. Il existe deux pilules, la première dite « combinée » que l’on nomme œstroprogestatives et la deuxième contenant une seule hormone appelées microprogestatives.

Ce moyen de contraception présente des effets secondaires néfastes qui dans les cas les plus grave augmente les risques de thrombose phlébite, et d’embolie pulmonaire. La recevabilité médicale peut varier en fonction des pathologies individuelles (les femmes qui fument sont par exemple davantage sujettes aux effets secondaire). La pilule est seulement un moyen de contraception et ne protège pas des infections sexuellement transmissibles. Elle doit être prise tous les jours et dans les temps pour être efficace. 

Les dites « micropilules » sont plus contraignantes au niveau de la flexibilité des horaires mais moins concernées par ce qui va suivre. Ces dernières, catégorisées 2B d’après le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), indiquent seulement une faible probabilité du risque de cancer. Le tabac, au même titre que la pilule combinée (plus généralement prescrite en France) fait partie de la catégorie 1. Une information inquiétant la population qui en réalité veut simplement dire que toutes deux sont à risque prouvé de cancer, pas qu’ils présentent les mêmes risques.

Qu’est-ce que la science pense de tout ça ?

Selon une expertise du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) menée en 2005 et actualisée en 2012, les pilules combinées entraîneraient une légère hausse du risque de cancers du sein, du col de l’utérus et du foie. En effet, cette étude démontre que les risques diminueraient avec le temps seulement après l’arrêt de la pilule, et 10 ans après l’avoir arrêté pour que le risque revienne à la « normale ». Une autre, britannique, indique en revanche que la prise d’une pilule pendant 5 ans réduirait de 25 % le risque d’avoir un cancer de l’endomètre avant 75 ans. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) elle-même affirme que les femmes ayant des mutations héréditaires des gènes BRCA1 ou BRCA2 peuvent présenter un risque plus élevé, en particulier en cas d’utilisation à long terme.

Le spécialiste Stephen Duffy, professeur à l'université Queen Mary de Londres, trouvait ces résultats rassurants car « l'effet était modeste ». En fait, il faut bien comprendre que la pilule augmente un peu des risques qui sont assez faibles. Cela ne signifie pas qu'en prenant la pilule les femmes ont 30% de risque d'avoir un cancer, mais qu’elle fait plutôt passer le risque de 11 à 14%.

Les réseaux sociaux s’enflamment

« Ça y est c’est officiel, l’OMS a annoncé que la pilule était aussi nocive, aussi cancérigène que le tabac, l’alcool et l’amiante ! »

D’après France info, ce message très alarmiste de l’influenceuse française Lenna Vivas (posté le 18 juin et vu 6,8 millions de fois sur TikTok) fait polémique. Bien que la femme en question ait rectifié le tir depuis, d’autres s’indignent, les commentaires fusent et les rumeurs vont bon train. On peut notamment citer le message d’une des internautes : « Vous vous rendez compte de la dinguerie ? (...) Je ne sais même pas pourquoi c’est encore vendu, pourquoi c’est encore donné aux femmes. » 

La désinformation impacte sensiblement les Français à qui l’on ne mentionnait jusqu’à lors pas ces données, ou plutôt qui ne s’y intéressaient pas plus. En outre, l’OMS relève cette information depuis déjà longtemps. En effet, c’est en 2005 qu’elle affirme que la pilule fait partie de la catégorie une.

Alors finalement... Info ou intox ?

Les avis sont controversés parmi la population, pourtant, les informations scientifiques restent les mêmes : La pilule combinée présente un risque non inquiétant de cancer. Elle n’est pas classée au même rang que l’alcool, le tabac ou ce qui est dit d’autre via les réseaux sociaux. Ces informations sont erronées, fondées à partir de données scientifiques incomprises.

Leyna Pastor-Mihindou

Avril 2026

Les traumatismes transgénérationnels

Et si certaines de nos peurs ne nous appartenaient pas entièrement ?

Que désigne le terme « transgénérationnel » ?

Le traumatisme transgénérationnel comprend la transmission intergénérationnelle, souvent inconsciente, de séquelles post-traumatiques. Cela peut se traduire par de la tristesse, de l’anxiété, voire des blocages personnels inexpliqués. Certains membres d’une même lignée présentent des difficultés similaires, par exemple : l’incapacité à faire confiance, un rapport difficile au bonheur ou une tendance à l’auto-sabotage. Ces « séquelles post-traumatiques » transmises de génération en génération persistent malgré diverses circonstances. La transgénérationnalité ne s’appuie pas seulement sur l’hérédité ou les souvenirs directs, mais aussi par les non-dits persistant au fil des années

Le rôle de l’épigénétique au sein de la transgénérationnalité

Le marquage épigénétique est un mécanisme essentiel aux fonctions cérébrales, comme l'apprentissage et la formation de la mémoire. Il correspond à des modifications chimiques qui activent ou désactivent certains gènes sans changer l’ADN et peut être modifié dans certains cas lorsque le stress d’un parent devient trop intense (facteur généralement développé suite à un traumatisme). Certaines études montrent que les descendants de survivants de traumatismes majeurs présentent une vulnérabilité accrue au stress. Les évènements tels que les génocides, les guerres ou encore les camps de concentration augmenteraient jusqu’à 3 fois les risques chez les enfants de survivants de développer un stress post-traumatique s’ils vivent eux-mêmes un traumatisme.

Une étude menée par la psychiatre Rachel Yehuda à la Icahn School of Medicine at Mount Sinai a suivi 32 survivants de la Shoah ainsi que leurs enfants adultes. Publiée en 2016 dans la revue scientifique Biological Psychiatry, elle a mis en évidence des modifications épigénétiques du gène FKBP5, impliqué dans la régulation du stress, chez les survivants comme chez leurs descendants. Ces résultats suggèrent que les effets biologiques d’un traumatisme pourraient influencer la génération suivante.

Approfondie entre 1960 et 1980 par des psychanalystes comme Françoise Dolto, Anne Ancelin et Nicolas Abraham, l’épigénétique affecte le développement et le bien-être d’un être humain. Les traumatismes ne se transmettent pas par les gènes eux-mêmes, mais pourraient influencer leur expression grâce à l’épigénétique, ainsi que par l’environnement familial et les comportements appris.

Lorsque le passé familial s’immisce dans le présent

Lors d’une interview, tirée de l’institut français d’EMDR, la thérapeute familiale, psychotraumatologue et thérapeute EMDR Hélène Dellucci apporte quelques précisions sur la transgénérationnalité. Elle dit :

« Michael Hase & co expliquent que les suicides et les meurtres dans une famille sont un indicateur de souffrances transgénérationnelles. En ce qui concerne les tentatives de meurtres, les tentatives de suicides, les violences domestiques, on constate souvent qu’il existe des précédents dans les générations passées. Les psycho généalogistes attirent notre attention sur le fait que l’inceste est également quelque chose qui, très souvent, a existé dans les générations précédentes. En cas d’inceste, traiter l’agression sexuelle ne suffit pas, il est important de poursuivre le travail jusqu’à une prévention efficace, c’est-à-dire jusqu’à pouvoir en parler en terme de : comment allons-nous faire en sorte que cela n’arrive jamais plus dans notre famille ? »

L’histoire d’Anne, tirée de France dépression, illustre bien cette réalité : consultante dynamique, elle vivait de fréquentes crises d’angoisse, sans raison apparente. Après l’exploration de son arbre généalogique, elle découvre que son arrière-grand-mère avait perdu un enfant dans de tragiques circonstances. Les dates anniversaires de ce décès coïncident avec les périodes les plus difficiles de sa vie.

Pour quelle raison les scientifiques débattent-ils de ce sujet ?

Les données épidémiologiques soutiennent la participation de composants héréditaires dans la survenue des maladies mentales. Aujourd’hui, aucun gène n’a été identifié, appuyant la complexité de ces maladies. Les débats scientifiques s’accentuent autour des traumatismes transgénérationnels, car des études souhaitant démontrer des gènes responsables de la maniaco-dépression et de la schizophrénie se sont finalement avérées non recevables. Ce manque de preuves concrètes prête à réflexion, d’autant plus que les expériences sur le cerveau animal ne peuvent totalement concorder avec celles du cerveau humain.

Ainsi, les traumatismes transgénérationnels se situent à la croisée de la biologie, de la psychologie et de l’histoire familiale. Si la science n’a pas encore tranché, elle révèle combien le passé peut influencer silencieusement le présent.

« Ce qui est tu à la première génération, la seconde la porte dans son corps. »

Françoise Dolto

Leyna Pastor-Mihindou