Société
Mars 2026
Ils sont partout mais personne n’en parle : les TCA
La boulimie : se réfugier dans la nourriture
Les troubles alimentaires sont un vaste sujet sur lequel peu de personnes sont correctement informées. Comme beaucoup d’autres troubles psychologiques, les TCA (troubles du comportement alimentaire) relèvent du pathologique. Ici nous nous intéressons à la boulimie. Mais de quoi relève-t-elle ? Quel impact peut-elle avoir sur la santé et comment accompagner les individus qui en souffrent ?
Définir le trouble boulimique
Par définition, la boulimie se caractérise par des prises compulsives de quantités importantes de nourriture suivies de comportements compensatoires (prise de laxatifs, vomissements provoqués...). Cette pulsion incontrôlable est nommée « craving » (l’envie, le grand besoin). Symptôme également présent au sein d’addictions telles que l’alcoolisme ou le tabagisme par exemple. La personne boulimique ingère des aliments généralement très caloriques afin de combler un vide ou gérer une émotion trop forte. La notion de contrôle, omniprésente chez le souffrant en perpétuelle recherche de maîtrise, agit comme un catalyseur des crises.
Ce trouble du comportement alimentaire concerne environ 15 % des jeunes, et plus particulièrement des jeunes filles d’une tranche d’âge de 11 à 20 ans
Un impact physique et mental
La boulimie touche aussi bien l’aspect psychologique que la santé physique d’un individu. En effet, une personne boulimique peut présenter des carences en vitamine, une détérioration de l’œsophage ainsi qu’une fragilisation de la dentition. En outre, plusieurs études montrent que les conséquences mentales impliquent parfois des épisodes dépressifs et un isolement fréquent.
Au cœur de la symptomatologie du trouble boulimique, nous distinguons à titre d’aperçu : répétition hebdomadaire des crises, frénésie alimentaire, comportement compensatoires (laxatifs, …), sentiment de culpabilité, obsession liée au poids.
Le skinnytok
Les médias, et plus précisément les réseaux sociaux sont aussi déclencheurs de troubles alimentaires. En véhiculant des stéréotypes sociaux prônant la minceur, ils montrent des images retouchées pour la plupart (des mannequins faméliques) ou diffusent des régimes amaigrissants irréalistes. Certaines trends comprenant le « skinnnytok » livrent aux jeunes filles des symboles artificiels auxquels elles se comparent constamment et ne peuvent pas se reconnaître. Les médias devraient être utilisés dans l’optique d’informer et non pas pour véhiculer des normes inatteignables de la vision de ce que devrait être ou représenter un humain !
Accompagnement et traitements
Les personnes boulimiques ont besoin d'une prise en charge thérapeutique pluridisciplinaire : à la fois psychiatrique, nutritionnelle, sociale et somatique (essentiellement dentaire). L'objectif du traitement est de les aider à surmonter leur désir compulsif de manger en réapprenant à se nourrir de manière équilibrée et en retrouvant une image du corps et une estime de soi plus saine. Enfin, l’accompagnement de personnes proches peut aider dans la mesure ou l’individu boulimique a l’opportunité d’être compris et écouté sans jugement. Restez attentif à ceux qui vous entourent !
Leyna Pastor-Mihindou, 2D4
Mars 2026
Black live matter
« I can’t breathe » Eric Garner
Un mouvement social et politique
Black lives matter, également nommé BLM, dénonce les exactions commises à l’encontre des personnes afro-américaines. « Les vies noires comptent » est un courant qui milite contre les tensions raciales qui agitent les États-Unis depuis plusieurs années. Le mouvement organise majoritairement des manifestations contre le racisme et la violence des policiers face à la communauté afro-américaine.
La naissance de BLM
C’est en 2013, suite à l’acquittement de George Zimmerman, un participant bénévole d’une surveillance de voisinage qui a tué par balles Trayvon Martin, un adolescent de 17 ans non armé, que BLM fait son apparition. Fondé par trois femmes, Alicia Garza (militante afro-américaine), Patriss Cullors (artiste et militante afro-américaine) et Opal Tometi (défenseuse des droits de l’homme afro-américaine), Black lives matter émerge par un hashtag sur Twitter.
En 2014, le mouvement prend de l’ampleur. Après les morts injustes de Michael Brown (adolescent de 18 ans) et Eric Garner (père de six enfants), des manifestations sont organisées. La première a lieu en août 2014 à Ferguson, dans le Missouri. Depuis, des milliers d’actions ont été menées.
All lives matter
Certaines personnes ont tentés de détourner le slogan initial par « All lives matter », accusant le mouvement de ne se préoccuper que des vies afro-américaines. Des personnalités comme Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook) ont demandé à leurs employés d'arrêter de barrer les mentions « Black Lives Matter » et de les remplacer par « All Lives Matter » sur les murs dédiés à l'expression des bureaux de l'entreprise. D’autres, comme Barack Obama (44e président des États-Unis) ont défendus BLM, affirmant que les Noirs subissent une persécution particulière et qu’il est nécessaire de leur offrir une protection particulière.
George Floyd
Lundi 25 mai 2020 : un homme afro américain de 46 ans décède à Minneapolis devant un restaurant lors d’une arrestation.
George Floyd a été arrêté par la police pour suspicion de faux-monnayage. Dès le début, la séquence est filmée, rappelant l’arrestation d’Eric Garner. On y voit l’homme paniqué qui répète sans arrêt « pardon, pardon, je n’ai rien fait ». Mais également « Ouvrez au moins la fenêtre je suis claustrophobe » lorsque les policiers l’enferment à l’arrière de la voiture. Une fois sorti, le policier Derek Chauvin place son genou sur le cou de George Floyd durant 8 minutes et 46 secondes alors même qu’il ne cesse de répéter « i can’t breathe ».
21h25 : George Floyd est déclaré mort.
Le juge a ordonné que les vidéos soient rendues publiques et a relevé les quatre policiers de leurs fonctions. Pour autant, aucune peine n’a été prononcée.
Black lives matter atteint son apogée. Des centaines de personnes viennent manifester. Des militants interrompent certains meetings afin d’inclure des questions raciales dans leurs programmes, et ça marche ! En 2020, Black lives matter apparaît dans le classement des « plus influents mouvements dans le monde de l’art » selon le célèbre magazine Art review. En 2021, Derek Chauvin est condamné à vingt-deux ans de prison ferme. Black Lives Matter s’impose ainsi comme un mouvement majeur du XXIᵉ siècle, révélant des inégalités persistantes et obligeant la société américaine à interroger ses institutions.
Leyna Pastor-Mihindou
Avril 2026
J'accuse
Depuis 1948, l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme proclame que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, doués de raison et de conscience, et qu'ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Fraternité. Laissez ce mot résonner un instant. Savourez-le. Parce qu’aujourd’hui des frappes israélo-américaines sur une province au nord de l'Iran ont fait dix-huit morts, dont deux enfants. Et en réponse les dirigeants du monde ont publié des communiqués aseptisés, déshumanisés alors que les morts auraient pu être de nos familles, de nos amis ou même simplement de nos connaissances, mais tous ont été oubliés.
Alors permettez-moi de vous parler de Kamran.
Kamran a grandi à Téhéran. Il a étudié le droit, convaincu que des mots couchés sur du papier pouvaient protéger les gens vivant dans la réalité. Naïf, peut-être. Courageux, sans nul doute. Kamran est descendu dans la rue quand les manifestations ont éclaté, parce qu'il était convaincu, lui, que la fraternité ne se déclame pas mais se pratique.
Puis il a vu ses amis tomber. Il a vu les balles bien réelles. Et a fui a partir du moment où rester est revenu à signer son arrêt de mort. Il a traversé des frontières, rempli des formulaires dans des langues qu'il ne parlait pas, attendu dans des couloirs aux néons blafards que quelqu'un, quelque part, daigne le regarder comme un être humain et non comme un numéro de dossier.
Et aujourd'hui, Kamran attend encore. Parce que le 7 avril 2026, à 20 heures, heure de Washington, expire l'ultimatum qu'a posé Donald Trump à l'Iran. Et depuis, il n'est plus simplement un homme en attente d'une réponse administrative. Il est un homme suspendu entre deux guerres, entre deux enfers : celui qu'il a fui et celui que lui promet, depuis l'autre côté de l'Atlantique, un petit homme orange…
Ce qu’a dit Trump exactement, il faut l'entendre. Sur sa plateforme Truth Social, il a prévenu : « Une civilisation entière va mourir ce soir. » Il a menacé de bombarder les centrales électriques et les ponts iraniens si Téhéran ne rouvrait pas le détroit d'Ormuz, par lequel transitent habituellement un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde. Ce n'est plus de la politique étrangère. C'est de la fanfaronnade nucléaire. C'est un homme qui dirige la première puissance militaire mondiale comme il dirigeait ses émissions de télé-réalité, avec des coups de théâtre, des deadlines et un public éberlué, composé de dirigeants scotchés.
De dirigeants européens tellement incrédules qu’ils en ont perdu la parole et n’ont pas dit grand-chose en beaucoup de mots…
Le président du Conseil européen Antonio Costa a estimé que « toute attaque contre des infrastructures civiles, notamment les installations énergétiques, est illégale et inacceptable ». Illégale et inacceptable. Quel courage. Quel souffle. On tremble. Pedro Sánchez, lui, a qualifié la guerre de « scénario bien pire que l'Irak », une guerre « illégale et absurde, cruelle ». C'est un fait, en effet… Et après ? Le Royaume-Uni et la France ont réuni une trentaine de pays pour former une coalition… pour sécuriser le détroit d'Ormuz. Pas pour protéger les civils, non non non… Pas pour condamner Trump, non non non… Pour sécuriser les livraisons de pétrole. Voilà ce qui nous mobilise vraiment.
Alors j'accuse.
J'accuse les chefs d'État de savoir exactement ce qu’est menacer de détruire des centrales électriques et des ponts dans un pays en guerre : des crimes de guerre, ni plus ni moins, caractérisés, documentés. J’accuse ces chefs d'État de choisir quand même le communiqué prudent plutôt que la rupture franche. D'utiliser les mêmes mots faciles que tout politicien : « ferme mais bienveillant », « ambitieux mais réaliste », « préoccupé mais aligné ». Préoccupé mais aligné. C'est ça, la grande diplomatie en 2026.
J'accuse ceux qui savent et qui se taisent. Ceux qui ont vu Trump déclarer à la presse de la Maison Blanche qu'il aimerait « prendre le pétrole iranien, parce qu'il est là pour être pris », et qui n'ont pas appelé ça par son nom. Ceux qui ont entendu une puissance étrangère revendiquer le pillage d'un pays souverain et autonome, en direct, devant des caméras, et qui ont trouvé que cette situation « nécessitait un suivi attentif ».
J'accuse ceux qui se félicitent d'avoir « maintenu les canaux diplomatiques ouverts » tandis que l'ONG Human Rights Activists News Agency recensait le 6 avril au moins 3 597 morts, dont 1 665 civils, parmi lesquels au moins 248 enfants. Des canaux diplomatiques ouverts. 248 enfants morts. Les deux phrases tiennent dans le même paragraphe et personne ne s'en offusque…
J'accuse, enfin, notre confort. Notre formidable capacité collective à regarder des images faire le tour du monde, des courageux qui forment des chaînes humaines autour de leurs centrales électriques pour protéger ce qui leur reste et dénoncer ce qu'ils subissent tandis que nous… on like, on partage, et on scrolle sans rien exiger de ceux qui nous gouvernent. Parce que les symboles voyagent vite mais les principes beaucoup moins. Parce que l'indignation algorithmique est devenue notre façon d'avoir bonne conscience sans rien risquer.
Kamran, lui, ne peut pas se permettre le luxe de l'indignation algorithmique, c’est pour lui qu’on s’indigne. Il attend dans un couloir. Il attend qu'on décide si sa vie vaut quelque chose. Et pendant ce temps, des hommes en costumes sobres, dans des salles climatisées, choisissent soigneusement des adjectifs percutants.
Ainsi dignité et droits sont bafoués et pourtant personne n'est fraternel.
Et ce n'est pas une question de bord politique. Ce n'est pas une question idéologique. C'est une question de cohérence élémentaire. Soit l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme a du sens et alors il faut le défendre — maintenant, pour Kamran, pour les enfants de la province d'Alborz, pour tous les courageux qui continuent de militer aux quatre coins du monde. Soit il n'en a pas, et alors il faut avoir le courage de le dire à voix haute et d'en assumer la honte.
L'inaction n'est pas une position neutre. C'est un choix. Et comme tous les choix, elle a des conséquences, sur des vies réelles, dans des rues réelles, sous des bombes bien réelles que nos dirigeants n'ont pas condamnées assez fort pour que ça change quoi que ce soit. Que nous n'avons pas dénoncées assez fort pour que ça change quoi que ce soit.
Alors militons. Descendons dans la rue. Interpellons nos élus. Exigeons des positions, pas des déclarations, des positions, fermes. Exigeons qu'on appelle les crimes de guerre par leur nom. Exigeons qu'on boycotte ce qui doit être boycotté. Exigeons davantage que des adjectifs.
Parce que le silence de nos gouvernements ne sera rompu que par le bruit du tumulte que nous ferons en refusant de nous taire.
Et si vous ne le faites pas pour eux, faites-le au moins pour vous. Comment pourrions-nous nous regarder dans les yeux si nous n'agissons pas ?
Elisa Adeline
